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Inne Haine

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Inne Haine est une jeune illustratrice belge.

Le Miracle de Vierves est son premier roman graphique, dans lequel on retrouve le soin de personnages du quotidien cher à Camille Jourdy.

Elle dessine en traditionnel et colorise à l'ordinateur, parce que quand même, ça va plus vite.  Elle a étudié à Saint luc à Bruxelles, une institution bien connue.

Pour le moment, c'est tout ce qu'on sait sur elle, mais dès qu'on en apprend plus, on vous tient au jus.

( Traduction de l’interview de Bart Croonenborghs pour le site Broken Frontier)

Bart Croonenborghs : Vous avez mentionné que l'histoire a commencé à évoluer dans un atelier que vous avez fait, mais qu'est-ce qui vous a poussé plus loin pour en faire un roman graphique complet ?

Inne Haine : Au cours d’un atelier, dans le petit village de Vierves-sur-Virion, je dessine une histoire d'environ 30 pages en une semaine. C'était pendant la dernière année de mon cours d'illustration-BD. J'avais passé un très bon moment et j'ai senti qu'il y avait quelque chose à creuser. Un de nos professeurs, l’un des plus grands illustrateur néerlandais Hanco Kolk avait la même opinion et  il a suggéré que j’ajoute plusieurs couches à l'histoire.

En tant que projet de fin d'études, cependant, c’était beaucoup trop ambitieux, donc l'histoire que j'ai créé pendant l'atelier s'est avérée être le premier chapitre du livre.
  
Le roman graphique présente beaucoup le personnage de l’employé middle class - le roturier qui prend la vie comme elle vient et adhère obstinément à ses routines. Est-ce une partie de votre éthique de travail ou avez-vous tendance à contempler la vie un peu plus?

Je suis très mélancolique moi-même et je passe beaucoup de temps à penser à la vie et autres choses. Mais je suis aussi assez têtue et volotnaire, et j'aime quand les choses avancent. Ça dépend des moments, je suppose.

Si la mésaventure de François m'arrivait comme dans le roman graphique - l'incident qui va secouer tout le village - je pense que je péterais un cable beaucoup plus tôt. Lui, il essaie de cacher la vérité et est assez maladroit à ce sujet. Mais, encore une fois, c’est amusant de créer un tel personnage, et il sert de balancier comique aux clifhangers plus dramatiques.

Votre récit commence comme un vaudeville mais se transforme en une comédie tragique, avec un soupçon de Roman initiatique (bildungsroman).

J'aime vraiment ce mélange d'humour et de tragédie, qu'il s'agisse de bandes dessinées, de séries télévisées ou de films. J'ai une faible attirance pour les histoires de super-héros, parce qu’on sait toujours comment ça va finir. Je préfère un anti-héros ou un protagoniste qui est plus hanté, comme le Jimmy Corrigan de Chris Ware.

Le passage à l’âge adulte du personnage d’Arnaud était nécessaire à l'histoire, car elle s'étend sur une période assez longue. Vous pouvez faire dire à un enfant des vérités qui font mal. Alors qu'il grandit - et pendant la lecture du roman graphique - il devient également clair pour lui que toutes les choses ne sont pas comme elles lui avaient été racontées.
  
Qu'est ce qui caractérise votre style graphique ? Travaillez vous surtout en numérique ou en analogique ?

J'ai une tablette de dessin, mais le rendu lisse ne rend pas la même chose que le travail sur papier. Le papier donne quelque juste beaucoup plus agréable et plus propre. Je veux qu’on puisse sentir mon travailA la fin de l’album, j’avais une pile de 300 pages et je me suis dit "Wow, ai-je vraiment pondu tout cela?", je dois avouer que ça m’a donné pas mal de satisfaction.
La coloration est entièrement numérique, cependant, pour de basses raisons pratique de vitesse. J'ai utilisé beaucoup de textures pour donner un effet plus peinture qu’ordinateur.

Quelles sont vos sources d'inspiration ?
Pour Le Miracle de Vierves je m'imaginais ce que ce serait que de grandir dans un village à l’écart qui se développe sur le tourisme. Que se passerait-il si on enlevait une chose qui assure l’existence même de ce village, et quel conflit sortirait de ce dilemme?
Je pense que je suis inspiré beaucoup par la vie quotidienne. Les gens vont sur leur vie et puis soudain quelque chose change - comment faire face à cela ? Parfois, les gens doivent se réinventer eux-mêmes, mais ce n'est pas toujours facile.
 
Quels sont vos projets actuels ?
Je collabore avec mon ami Mathias Van den Berge sur une nouvelle histoire mettant en vedette le chanteur de carnaval du Miracle de Vierves. Il essaie désespérément de «créer» mais a du mal à se détacher de la routine quotidienne. Son travail ennuyeux et sa fille je-m’en-foutiste le collent au sol, mais il rêve encore d'une carrière glorieuse de chanteur.
Je devine que ce sera une histoire assez comique, qui va s'attaquer à la grande question que tout le monde se pose : que vais-je faire de ma vie.